La retraite fondamentale : enseigner et nourrir



Curé de Saint Honoré d’Eylau, à Paris, le père Michel Gueguen vient régulièrement prêcher des retraites spirituelles dans les Foyers de Charité. Il dévoile sa vision des grandes caractéristiques de la « retraite fondamentale ».

Père Michel Guéguen

Article publié dans la revue bimestrielle des Foyers de Charité, l’Alouette n°293 – Février 2016

LA RETRAITE FONDAMENTALE : ENSEIGNER et NOURRIR

Par quoi commencer ? voici une question qui s’impose à moi au moment où j’écris ces lignes, parce qu’elle est celle que je me pose quand je prêche une retraite fondamentale. Le commencement doit indiquer le projet et mettre en route ; par exemple, la présentation du dessein de Dieu (Ep 1,3-14) . J’aime commencer une retraite par un évangile, c’est donc par un évangile que je commencerai cette présentation, celui de la multiplication des pains (Mc 6,30-44) .
Le point de départ est en effet une invitation de Jésus à l’adresse de ses apôtres : «Venez à l’écart vous reposer un peu». Si le projet semble contrarié par la venue d’une foule nombreuse, en réalité,  c’est dans une même pitié que Jésus va rassembler les nouveaux venus et les apôtres, les uns pour les enseigner et les nourrir, les autres pour les associer à sa tâche de pasteur : «Donnez-leur vous-mêmes à manger». Enseigner et nourrir peuvent être synonymes. Ensemble, ils expriment le souci du Christ de prendre en charge la totalité de la personne.

Un enseignement pour l’intelligence et le coeur

Enseigner et nourrir sont les indications que Jésus a données à Marthe à propos de la mission des Foyers de charité. Marthe témoigne : «Jésus me parla de l’Œuvre splendide qu’il voulait réaliser ici… par l’enseignement religieux qui y serait donné». Plus loin, parlant du prêtre qu’Il a choisi et élu dans son cœur pour édifier cette œuvre avec Marthe, Jésus évoque les collaborateurs qu’il lui donnera… «pour l’aider à absoudre, instruire et nourrir les âmes, les conduire à son amour». Enseigner et nourrir sont ici synonymes, désignant plus particulièrement la vocation des pères de Foyer : «l’enseignement, c’est notre vocation» disait le père Finet. Un enseignement qui n’est pas que pour l’intelligence, mais aussi pour le cœur : il ne suffit pas d’entendre et de comprendre, il faut aussi se convertir et se mettre en route. Mais enseigner et nourrir peuvent, dans leur différence, signifier la vocation d’un Foyer tout entier, de la communauté qu’il rassemble. c’est une des caractéristiques des Foyers et de la retraite qu’ils proposent, de prendre en charge la totalité d’une personne. c’est même à mon sens la première d’entre elles.

Père et membres accueillent

De fait, c’est une communauté qui accueille. Le Père enseigne, c’est vrai, mais il n’est pas exclu que des membres participent à cette tâche. Mais surtout la communauté n’est pas à côté de lui au sens où elle ne veillerait qu’aux à-côtés de l’enseignement. C’est elle, père et membres, qui accueille. Enseignement et nourriture se retrouvent dans chacune des vocations qui constituent une communauté de Foyer de charité. On a l’habitude de dire : ce que le père enseigne, la communauté le vit. c’est vrai, mais le père tâche aussi de vivre ce qu’il enseigne et, de ce point de vue, il est membre de la communauté, et la communauté enseigne aussi, par sa vie, sa prière et son accueil fraternel. Elle est comme une matrice car s’il faut se convertir, un milieu est nécessaire pour être libéré de ses liens, être en quelque sorte régénéré. Aujourd’hui, dans l’Eglise, il y a beaucoup de propositions de retraites. certaines d’entre elles ont été encouragées par l’église qui y a reconnu une volonté du Christ, je pense en particulier aux exercices de St Ignace. Ce qui différencie la retraite des Foyers, c’est que c’est une retraite en communauté, dans une famille où chacun trouve une place, et une retraite qui est proposée à tous.

Membres du Foyer de Charité de Thorn (Pays-Bas)

Cinq jours pour exposer la cohérence de la foi chrétienne

La deuxième caractéristique d’une retraite fondamentale tient dans l’aspect complet de l’enseignement, qui est comme un écho de la totalité de la prise en charge de chacun, comme de l’ouverture à tous. La foi tout entière y est exposée, comme une «synthèse doctrinale». Il faut du temps pour cela. cinq jours sont nécessaires si on veut convertir, disait Marthe. Cinq jours ne sont pas moins nécessaires pour exposer un tout et en montrer la cohérence, comment chaque partie résonne avec l’ensemble. On touche quelque chose de l’analogie de la foi, c’est-à-dire le fait que tous les mystères soient liés entre eux, qu’en creuser un dispose à comprendre tous les autres, que chacun des mystères soit une porte authentique pour entrer dans l’unique Mystère de Dieu. De ce point de vue, la récitation quotidienne du chapelet participe de la même finalité. Nous nous confions à la vierge pour que, par l’un des mystères, elle nous introduise plus avant dans l’insondable Mystère de Dieu. On parle d’une synthèse doctrinale, on peut aussi évoquer un itinéraire de foi, à l’image des pèlerins d’Emmaüs que le christ conduit à revisiter l’entièreté de la mémoire d’Israël (lc 24,13-35) . Un itinéraire qui passe par l’essentiel des affirmations de la foi pour en montrer la cohérence, ce qu’exprime, dans l’Evangile, la mise en évidence par le Christ d’un fil rouge : «il fallait que le Christ souffrît pour entrer dans sa gloire». Cet itinéraire doit nécessairement aboutir à un acte de foi. Dans l’évangile, il s’agit de la reconnaissance du Christ dans la fraction du pain. De ce point de vue, l’Eucharistie quotidienne sera un élément essentiel de la retraite. L’enseignement et la nourriture y trouvent leur accord parfait : une parole qui nourrit en vue d’une nourriture qui est le Verbe incarné, auquel je m’unis par ma propre parole : «Amen», je crois.

La présence particulière de la Vierge Marie

La dernière caractéristique que je mettrai en valeur, même si elle différencie moins les Foyers d’autres lieux de retraites, est la place accordée à la Vierge Marie. En réalité, comme on l’a vu à propos du chapelet, elle participe du projet de fond d’un Foyer : «Ma très Sainte Mère y accomplira des merveilles éclatantes… elle conduira elle-même, par sa présence maternelle, (le) Foyer» annonçait le Christ à Marthe. Au terme d’une retraite, les Foyers proposent un renouvellement des promesses baptismales. Celles-ci sont confiées tout spécialement à la Vierge Marie. La Vierge est une femme pratique qui, à côté du Christ, remarque les manques de notre vie, en parle à son Fils et nous conduit à obéir à sa Parole.
Elle a accompagné chacun des jours de la retraite, elle continuera d’accompagner au-delà, c’est-à-dire de veiller à ses fruits. Pratique, elle nous aide à choisir une bonne résolution, sans quoi nos promesses baptismales pourraient rester lettre morte. Une bonne résolution, c’est ce qui est à notre portée maintenant et dans quoi nous pouvons raisonnablement durer… jusqu’à la prochaine retraite.

Père Michel GUEGUEN, prêtre du diocèse de Paris (FRANCE)

« Venez, ô mon si doux Jésus,
venez dans mon petit cœur qui a faim et soif de Vous recevoir.
Rendez-moi bonne, aimante,  confiante, obéissante comme vous me voulez. »
Marthe Robin – 8 août 1930

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